• Des menaces, et puis quoi encore ?

    Des menaces, et puis quoi encore ?

    Malcolm avait beau avoir déserté les lieux, le mélange d'angoisse et de colère qui faisait cogner mon coeur dans ma poitrine ne disparut pas lui. Je rentrai à l'intérieur, m'assurai nerveusement que Benjamin et Mélissa n'avaient pas bougé de leur berceau et m'asseyai sur le lit, furieux, en tentant de chasser toutes ces émotions qui m'empêchaient d'y voir clair. J'étais furieux, furieux qu'il s'invite comme ça chez moi, furieux qu'il me menace, et en même temps j'étais effrayé à l'idée de ce qu'il pourrait faire.

    Menaces.

    Est-ce que je devais me plier à ses menaces ? La simple idée de céder à Malcolm me fichait en rogne... mais là il ne s'agissait pas seulement de moi. Qu'est-ce que je devais faire ? Je n'avais pas envie de me séparer de ma famille, ni des rares amis que j'avais dans le coin. Dire que les Plènozas m'avaient plus ou moins fichu la paix tout ça pour ressurgir maintenant ! Je ne comprends même pas comment il pouvait aller aussi loin à cause d'une vieille rancœur.

    Plongé dans mes réflexions, je ne prêtai pas attention au grincement de la porte d'entrée, m'indiquant d'ordinaire quand est-ce que Gwen rentrait. Elle me trouva à l'étage, statique, les poings serrés, en train de fixer un point dans le vide comme si j'étais pas loin de commettre un meurtre.

    - Qu'est-ce qui ne va pas ? me demanda-t-elle immédiatement en s'installant à mes côtés.

    Menaces.

    Je ne savais pas si c'était une bonne idée de lui en parler, en même temps, je ne voyais pas comment trouver une solution tout seul, et Malcolm n'avait pas dit quand et comment je devais couper les ponts... Mais mieux valait ne pas jouer au plus malin non plus, j'étais partagé entre l'envie de l'envoyer sur les roses et mener ma vie comme je l'avais commencer, et exécuter ce qu'il m'avait ordonné, pour éviter de mêler ma famille à nos histoires. J'hésitai avant de commencer :

    - Hum... j'ai croisé Malcolm Plènozas tout à l'heure.

    - Ah, ça s'est mal passé ?

    - Un désastre, tu sais je t'avais parlé de ce qui m'a envoyé en taule ?

    - Oui mais c'est vieux tout ça.

    - Pas pour lui il me fichera jamais la paix...

    - Il t'insulte ?

    - Si ce n'était que ça... non il veut que je quitte la ville, et que je vous laisse tous derrière moi, sinon il s'en prendra à vous. A toi. A Benjamin. A Mélissa.

    Bon, voilà c'était sorti, j'appréhendais ce qu'elle en dirait, après tout, c'était de ma faute si on en était là. Alors que je m'attendais à la voir s'inquiéter ou se mettre en colère, elle fronça les sourcils en signe de réflexion.

    - Tu penses qu'il est sérieux ?

    Je repensais à mon envoi en prison, orchestré à l'origine par ses parents, maintenant que Malcolm était adulte, il avait les pleins pouvoirs sur la ville, combien de personnes avaient-ils sous ses ordres ? Et de quel acabit ? Je l'imaginais bien trafiquer avec des criminels, et cette seule idée déclenchait des frissons dans toute ma colonne vertébrale.

    - Oui...

    Gwen garda un silence de quelques secondes, réfléchissant à une solution que je ne trouvais pas moi-même, et proposa :

    - Hum... et si on déménageait à Willow Creek ? On pourrait rester quelques temps chez mes parents le temps de trouver un endroit où s’installer.

    - On n'a pas assez d'argent pour déménager et je doute que l'on puisse vendre la maison si les Plènozas s'en mêlent... il ne me laisserait pas m'en tirer aussi bien...

    Menaces.

    Je ne voyais pas comment nous sortir de cette situation, il ne me semblait y avoir qu'une seule solution, qui ne me plaisait pas vraiment, je sentais comme une épine qui s'enfonçait dans mon coeur à mesure que je prononçais ces mots :

    - Le mieux c'est sans doute que je parte...

    A peine finissais-je ma phrase que je vis Gwen s'énerver pour la première fois de ma vie, et je peux vous dire que j'en menais pas large.

    Menaces.

    - Alors ça certainement pas ! Non mais tu m'imagines seule avec deux enfants ? Et t'irais où hein ? Tu te retrouverais à la rue, tout seul et personne ne pourrait t'aider ! Tu vas pas te laisser faire par cet abruti, si ? J'te connaissais pas comme ça !

    Menaces.

    - Je sais... mais Gwen, ce type est cinglé ! Avec tout le pouvoir qu'il a il ne me laissera jamais tranquille, même pour une histoire aussi vieille ! Et moi j'ai été assez stupide pour ne pas tenter de calmer les choses...

    - Qu'est-ce que t'aurais pu calmer avec un dégénéré dans son genre ? T'aurais préféré faire profil bas et tendre le bâton pour te faire battre ? Même si t'avais cessé de riposter il aurait continué de te chercher, t'aurais juste été sa tête de turc ! C'est ça que tu regrettes ?

    - Non mais...

    - Si t'as le malheur de ne serait-ce que songer à m'abandonner mon cher Vincent je te promets que c'est moi qui vais aller lui remettre les pendules à l'heure au Plènozas ! Qu'il essaie de me séparer de mon mari et je réduirais en charpie cette réputation à laquelle il tient tant...

    Cette simple idée me fit d'un seul coup avoir plus peur de ma femme que du blondinaze, je ne sais pas pourquoi mais dans une confrontation verbale entre Malcolm et Gwen dans ma tête c'était plutôt Gwen qui l'emportait. J'esquissai un maigre sourire.

    - D'accord mais fais tout de même attention...

    - Et c'est toi qui me dit ça ! Bon, tu arrêtes de ruminer ou je dois te changer les idées moi-même ?

    - Ça dépend comment, répondis-je avec un sourire espiègle.

    Des menaces, et puis quoi encore ?

    - Vilain ! Non mais t'as vraiment les idées mal placées !

    - Ah ! Non pas les chatouilles... !!

    Des menaces, et puis quoi encore ?

    Je me demande vraiment ce que je ferais sans elle...

    Même si suite à cette conversation, je savais que je ne me plierais pas aux menaces de Malcolm, Gwen avait raison, si je le laissais faire, Malcolm aurait tôt de tout réduire à néant. Malgré cela je sentais toujours, tapie quelque part, cette angoisse de voir la vie de ceux que j'aimais empoisonnée par ma faute. Je doutais que Malcolm en reste là, de quoi serait-il capable ? J'avais soudain l'impression de très mal connaître mon ennemi. De sombres pensées revenaient me hanter jusque dans mon sommeil, et je me surprenais à vérifier le matin que personne n'ait disparu dans mon entourage.

    Pourtant, même si je ne pouvais plus dormir tranquille, je continuais de me lever le matin, d'entretenir mon petit monde et de vivre sans que rien ne se passe. Cependant je savais que mes démons ne risquaient pas de m'oublier eux, et je me sentais pas loin de craquer. Je ne le montrais pas à Gwen mais il n'y avait rien pour me rassurer, je pensais que je ne saurais jamais ce qu'était une vie normale après ça.

    C'était du moins ce qui me torturait l'esprit jusqu'à ce que j'ai une visite surprise alors que Gwen était partie travailler. J'avoue que je ne comprenais pas trop ce qu'il fichait là.

    Des menaces, et puis quoi encore ?

    - Salut Vincent, écoute, Gwen m'a tout raconté...

    Ah. Je n'arrive décidément pas à lui cacher grand chose... mais je suppose que c'est normal puisqu'on vit ensemble. Même si je ne voyais pas trop ce que le fait qu'il soit là allait changer à ma situation.

    - C'est gentil Lucas mais je crois pas que tu puisses m'aider cette fois-là...

    - Effectivement mais je ne suis pas venu t'aider, du moins, pas pour ce que tu voudrais.

    Je haussai un sourcil, j'avoue que je ne le suivais plus tellement là.

    - Vincent, je sais que tu es en train de te torturer l'esprit après ce que Malcolm t'a dit et, même si je n'en connais pas les détails, ça ne sert à rien, ça ne changera rien à la situation.

    - Mais quand même ! Je peux quand même pas faire comme si j'ignorais tout ?

    - Non mais pense à ta famille, Vincent tu dois en profiter, si tu t'inquiètes continuellement aucun de vous quatre ne pourra vivre normalement. Je ne pense pas que Malcolm puisse vraiment vous atteindre là maintenant. Et même s'il essayait, tu ne seras pas tout seul. Ne pense pas que les Plènozas soient intouchables, je suis certain qu'il y aura toujours un moyen d'esquiver leurs tentatives. Tu l'as déjà prouvé non ?

    Il me donna un coup de coude  complice.

    Des menaces, et puis quoi encore ?

    - Puis, entre nous, ça ne te ressemble pas trop de te laisser marcher sur les pieds comme ça non ?

    Je lui rendais son sourire un peu plus franchement.

    Des menaces, et puis quoi encore ?

    - Merci Lucas...

    - C’est à ça que ça sert les amis !

    Pourtant je n'aurais jamais espéré en avoir un d'aussi précieux dans mon entourage...

    On discuta encore un peu de tout et de rien, pas mal de ce que devenait la famille, un peu du "bon vieux temps", j'appris notamment que Dina et lui avaient eu eux aussi une fille, Daniella. Un peu trop tôt à mon goût, il dut repartir. Mais cette fois je me sentais un peu mieux, j'avais toujours cette pointe d'inquiétude telle une épine dans mon cœur, mais je savais qu'il avait raison.

    Des menaces, et puis quoi encore ?

    J'avais une famille à aimer et, pour elle, je ne devais pas me laisser abattre.

    Et pis, si Malcolm se pointe, je l'envoie manger les pissenlits par la racine, et bon débarras !

     


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