• Disparu.

    - Benjamin -

    Je n'ai rien dit de ce que m'avait raconté Milo, j'aurais peut-être dû. Le lendemain il n'est pas venu en cours.

    Disparu.

    Ça n'a pas plus perturbé la maîtresse que ça, Milo allait un peu à l'école quand il voulait, elle ferait juste remonter aux parents je suppose, parents qui devaient être rarement réceptifs...

    J'ai attendu qu'il se passe quelque chose, un jour, puis deux, mais cette chaise restait irrémédiablement vide. L'école commençait à se poser des questions, la maîtresse m’avait même demandé si j'étais au courant de quelque chose. J'ai menti, j'avais trop peur que Milo ne revienne jamais si c'était l'école qui lançait les recherches.

    Mais comme il n'y avait pas de nouvelles, j'ai fini par me demander ce qu'ils attendaient chez lui pour se demander où il était passé. Je pouvais pas en parler à mes parents, je vois pas trop ce qu'ils auraient pu faire, et je savais pas où habitait Milo précisément, mais je connaissais une partie de sa famille.

    Disparu.

    J'étais pas bien sûr de moi, mais c'était la seule chose que je pouvais faire et les seules personnes qui me paraissaient pouvoir faire quelque chose.

    Disparu.

    - Bonjour Benjamin, tu viens voir Killian ?

    - Euh... non, en fait c'est à vous que je voudrais parler.

    Elle a dû percevoir mon malaise et m'a invité à entrer, je me suis retrouvé assis en face d'elle dans la salle à manger, en train de lui exposer mon problème)

    Disparu.

    - Milo m'a dit qu'il voulait disparaître ! Il a dit qu'il ne voulait pas rester si personne en avait rien à faire de lui et il est parti ! Personne n'a l'air de s'inquiéter et j'ai trop peur qu'il ne revienne jamais !

    - Attends... tu veux dire que Milo a fugué ? Ma mère n'a pas prévenu la police ?

    Je me suis énervé.

    Disparu.

    - Mais elle s'en fiche de lui !!

    C'est en voyant son visage choqué que je me suis rendu compte que je devais être le seul au courant. Pourquoi est-ce qu'il n'avait rien raconté au restant de sa famille ? Il pouvait leur faire confiance non ?

    Après un silence insoutenable, Dina a fini par esquisser un sourire forcé, sans doute destiné à me rassurer ce qui ne fonctionnait pas vraiment, et a déclaré :

    - Écoute... je vais essayer de raisonner ma mère, si elle ne veut rien entendre je préviendrais la police moi-même, on ne va pas le laisser tout seul dans la nature.

    Je me sentais déjà un peu mieux, au moins quelqu'un qui allait essayer faire quelque chose ! Elle m'a raccompagné à la porte en m'assurant que je pouvais rentrer chez moi, qu'elle allait s'en occuper, j'espérais vraiment qu'elle pourrait faire quelque chose...

    - Clémentine  -

    Je n'ai jamais autant haï quelqu'un de ma vie ! Et pourtant je l'aimais pas Christian, mais son petit frère est encore pire ! Oh il n'embête pas vraiment les autres - à part moi quoi - , c'est même monsieur Parfait si vous voulez savoir. A part la B.A.P. je suis prête à parier qu'il a toute l'école dans la poche. En effet monsieur est gentil, serviable, amusant et en plus un bon élève. Comment vous voulez que je rivalise moi ? Surtout en face de la maîtresse, qui sait que je suis pas vraiment vraiment toujours intéressée par ce qu'elle raconte, quand j'accroche pas, c'est flagrant.

    Sauf que l'autre pignouf là, il plaisantait pas quand il a dit qu'il me pourrirait la vie ! Hier dans le couloir il est venu me chercher avec des railleries, et forcément je me suis énervée.

    Disparu.

    Manque de bol ou piège planifié, la maîtresse est passée par là, et Oliver n'a pas manqué de se plaindre en disant que je m'acharnais sur lui en l'insultant de tout les noms. Et comme il joue très bien la comédie, le savon et la punition c'était pour moi. Lui par contre m'avait l'air très fier de son petit manège. Ça a recommencé plusieurs fois, il s'écorche le genou ? Il dit que je l'ai poussé. Un élève qui tombe du bateau pirate ? Il prétend m'avoir vu lui faire un croche-pied.

    Il me lâche pas, dès qu'il en a l'occasion je passe pour la méchante qui ne cesse de m'en prendre à lui et à ses frères. J'ai perdu toute crédibilité vis à vis de la maîtresse, et j'ai l'impression que même les élèves commencent à me regarder de travers. Avant même que je m'en rende compte, je finissais avec une plus mauvaise réputation que Christian Plènozas, tout ça parce qu'Oliver ne manquait pas de colporter la moindre rumeur dans mon dos. Pour l'instant le reste de la B.A.P. était plus ou moins épargné, mais ils étaient bien dans l'incapacité de me défendre, tout le monde sachant pertinemment que nous étions amis. Je n'arrivais pas à trouver une solution, Oliver était bien trop malin, je me faisais toujours prendre à sa place, impossible de le piéger, ici c'était moi la menteuse...

    Disparu.

    Le pire restait à venir, quand toute cette histoire remonta aux oreilles de mes parents.

    J'ai su que la maîtresse avait appelé dès que j'ai vu la tête de mon père en rentrant de l'école, il n'était pas ravi de me voir et il a vite envoyé Benjamin et Mélissa faire leurs devoirs ailleurs.

    Disparu.

    - Clémentine, ta maîtresse a appelé cet après midi pour me dire que tu harcelais les autres élèves, qu'est-ce que tu as à en dire ?

    Je sentais la tension dans sa voix et je n'en menais pas large, mais lui au moins il me donnait l'occasion de m'expliquer, pas comme la maîtresse qui ne m'écoutait même pas, alors j'ai pas hésité.

    - C'est pas vrai ! C'est Oliver qui raconte ça à tout le monde !  C'est qu'un menteur il dit ça pour que je passe pour la méchante !

    Il n'avait pas l'air très convaincu, sans doute parce que la maîtresse devait avoir spécifié que "ce n'était pas la première fois" alors qu'il n'y avait jamais eu de première fois ! Je savais qu'il n'était pas loin de sévèrement s'énerver, mais il essaya plutôt de m'expliquer quelque chose que je savais déjà mais où personne ne voulait me croire :

    - Écoute... c'est très grave le harcèlement, ta sœur en a beaucoup souffert et...

    Disparu.

    - Mais je le sais tout ça ! Pourquoi personne ne veut me croire ?! J'ai rien fait !!

    - Clémentine ne me parle pas sur ce...

    Je n'ai pas attendu la fin de sa phrase et j'ai couru à l'étage, des larmes de rage roulant sur mes joues. J'ai claqué la porte derrière moi et je me suis réfugiée sous la couette pour me calmer.

    Disparu.

    Même mon père ne voulait pas me croire ! Pourquoi d'un seul coup c'était moi la méchante ici ? Ce n'était pas juste ! J'avais soudain très peur de jusqu'où pouvait aller cette histoire, et si plus personne ne me croyait ? Si même mes amis finissaient par m'abandonner pour ne pas finir détestés par toute l'école ?

    Je m'assis sur le lit en reniflant, et si je me retrouvais toute seule ?

    Disparu.

    J'entendis la porte grincer et m'essuyai peu élégamment le nez. Je m'attendais à voir papa pour me réprimander d'avoir crié et d'être parti comme ça, mais c'était Mélissa...

    Elle s'est posée à côté de moi, toute calme comme d'habitude, et m'a dit avec toute la gentillesse du monde :

    - Moi je te crois, et je veux bien t'entendre.

    Disparu.

    J'ai tout déballé, en sanglotant parfois. Je lui ai parlé de la B.A.P., tout le monde pensait qu'on n'était qu'une bande d'amis, et je ne l'avais même pas dit à ma famille avant maintenant. Je lui ai dit qu'à la base je voulais seulement que Christian arrête d'embêter tout le monde, lui donner une bonne leçon. Puis son frère est arrivé et a tout renversé avec ses sourires et sa comédie, en moins d'une semaine il avait réussi à tourner la situation à son avantage et me faire passer pour un monstre. Quand j'en ai eu fini et je me suis mordue la lèvre inférieure, d'un seul coup ça me paraissait gros à avaler, qu'un petit garçon puisse être à l'origine de ce piège dans lequel je venais de formidablement m'empêtrer. Mais pour Mél' qui avait l'habitude de lire des scénarios parfois complètement tirés par les cheveux, ça ne la retourna pas contre moi, pas comme pour tous les autres.

    - C'est un drôle de gars, je ne savais même pas qu'on avait un troisième Plènozas dans l'école, mais tu aurais dû en parler dès qu'Oliver a commencé, maintenant les autres ne vont jamais te croire... mais je pense que si tu racontes tout à papa et maman, ils te croiront, ou en tout cas attendrons d'être plus informés.

    - Mais papa n'a rien voulu entendre !

    - Tu ne lui as pas expliqué, tu as juste accusé quelqu'un d'autre à ta place, sans logique.

    Je fis la moue, en même temps je suis sûre qu'il m'aurait tout le temps interrompu si j'avais tenté de commencer par le début ! Et puis je suis pas sûre que mon groupe de supers héros l'aurait emballé lui non plus... enfin, j'étais contente qu'on m'écoute enfin, et surtout un peu moins en colère, même si ça n'avait pas l'air près de s'arranger. J'ai pris ma sœur dans mes bras, faute de savoir comment exprimer ma reconnaissance.

    Disparu.

    - Merci Mel...

    Elle n'a rien eu le temps de répondre, papa nous appelait d'en bas pour dîner, évidemment dès que je suis entrée dans la salle à manger, j'ai fait profil bas.

    Disparu.

    - Bon, Clémentine, ta mère et moi on veut bien t'accorder le bénéfice du doute si tu nous expliques ce qui a amené ta maîtresse à nous appeler sur un sujet aussi grave.

    J'ai sauté sur l'occasion qu'il me donnait, sauf que cette fois je ne me suis pas énervée, et j'ai pris le temps de commencer par le début comme avec Mélissa. J'ai pas vraiment mentionné la B.A.P., je voulais quand même garder ça pour moi, j'ai juste qu'avec des copains j'avais fait en sorte que Christian cesse d'embêter le monde, mais sans l'attaquer quoi. Évidemment maman n'approuvait pas trop que j'ai très rarement prévenu un adulte dans ces moments-là, mais bon, les grands peuvent pas être partout et de toute façon Christian fait rarement quoique ce soit sous leur nez. Aborder le sujet Oliver a été le plus compliqué, parce que ça ne devait pas paraître vraisemblable qu'à chaque fois ça se retourne contre moi, ça faisait un peu la fille qui se cherche des excuses. Au final papa m'a seulement recommandé de l'ignorer et qu'il allait rappeler la maîtresse, mais j'avais l'impression que tout n'allait pas être aussi simple...

     


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