• Rencontre

    Rencontre

    - Mélissa -

    Les rayons du soleil pointaient au travers de la fenêtre, mais j'avais pas envie d'ouvrir les yeux, de toute façon à quoi bon se lever ? J'avais plus envie d'aller à l'école. Je me retournai dos à la lumière avec l'intention de replonger dans les doux bras de Morphée, ceux qui me tenaient éloignés de la réalité, mais je n'arrivais plus à retrouver le sommeil. A contrecœur et avec des gestes mécaniques, je me résignai à me lever.

    ?????

    Par réflexe, je tournais la tête sur ma gauche, là où d'habitude se trouve le lit de Benjamin qu'il faut toujours secouer pour le tirer des couettes. J'eus un pauvre sourire, pour une fois c'est moi qui faisait la grasse mat'. Je balayai du regard ces lieux inconnus, que la fatigue m'avait empêché d'imprimer dans mon cerveau la veille, et mon coeur se serrait. En sortant de la petite chambre, pas de berceau pour un futur bébé, pas d'escaliers pour m'amener dans la cuisine où l'on mangeait tous ensemble... non là, quand je suis arrivée, c'est un homme que je connaissais tout juste qui m'a fait signe de m'asseoir, et la délicieuse odeur du petit déjeuner tout chaud m'aurait presque fait oublier le grand vide que j'avais emporté avec moi.

    ?????

    Maintenant je me souvenais de ce que je faisais ici et pas chez moi, sans ma maman pour me prendre dans ses bras le matin, sans mon papa pour me faire une énième recommandation avant d'aller à l'école, sans Ben surexcité sur le chemin du bus... ils me manquaient, et pourtant j'avais choisi de partir...

    ?????

    - Tu t'es perdue ma p'tite ? Il commence à se faire bien tard pour traîner ainsi dans les rues à ton âge tu sais.

    Papa, il dit toujours qu'il faut pas parler aux inconnus, surtout si c'est des adultes que je connais pas, parce qu'ils pourraient me vouloir du mal, mais, je sais pas, il avait un sourire rassurant ce monsieur, et des yeux tout doux avec plein de gentillesse.

    - Non ch'uis pas perdue.

    - Ah tu rentres chez toi ? Excuse-moi de t'avoir interpellée alors. Je t'ai vu pleuré, je me suis dit que tu ne savais plus où était ton chemin. C'est loin chez toi ? La nuit va pas tarder à tomber tu sais.

    - Je rentre pas chez moi.

    A peine ces mots prononcés je m'étais mordu la lèvre inférieure, c'était comme si toute la réalité des choses me tombait dessus, je reverrais plus jamais papa, maman, Benjamin, et même mon futur p'tit frère ou p'tite soeur j'allais jamais savoir à quoi il ressemblerait, mais je pouvais pas revenir en arrière...

    ?????

    - J'peux pas rentrer chez moi, ch'uis trop mauvaise ! A cause de moi ma famille a eu pleins d'ennuis, je fais souffrir tout l'monde, j'me déteste !

    - Allons allons ne dis pas ça. Quelqu'un qui se soucie autant de ses proches ne peut pas être mauvais. Tu sais ce dont tu as besoin ? Une bonne nuit de sommeil réparateur, tu y verras plus clair demain, et comme ça tu ne prendras aucune décision que tu regretteras d'accord ?

    Non pas d'accord, je voulais partir le plus loin possible d'ici, comme ça on ne me retrouverait jamais. Mais j'étais fatiguée, j'avais du feu dans la gorge et je me sentais si mal que j'aurais donné n'importe quoi pour une petite pause, pour que tout s'arrête maintenant. Et dormir ça ne me paraissait pas si mal comme solution, avec un peu de chance je n'me réveillerais pas...

    ?????

    - Alors Mélissa, est-ce que tu te sens mieux maintenant ?

    Je plantais ma fourchette dans mon assiette avec peu de conviction, comment voulait-il que je me sente mieux ? J'avais l'impression qu'on m'avait arraché le coeur. Je lui ai pas répondu, mais il a insisté :

    - Est-ce que tu veux appeler tes parents ?

    - Non !

    C'était sorti tout seul, dans un élan de panique, si je retournais chez moi, j'apporterais encore du malheur. J'avais beau m'être montrée très malpolie à hausser le ton comme ça, le vieil homme ne s'est pas énervé, il s'est contenté de me demander d'une voix toute calme et bienveillante :

    - Pourquoi ?

    Si je lui disais que j'étais un porte malheur, il n'allait pas me croire, les adultes ne croyaient pas en ce genre de chose, alors j'ai cherché d'autres arguments, qui m'étaient bien plus personnels :

    - J'veux m'en aller d'ici, les autres enfants ils sont tous trop méchants ! Et à cause d'eux, mon frère y s'est pris une punition et mon papa il a dû aller voir des gens qu'il s'entend pas trop avec - les Plaies-aux-as ou un truc du genre - , du coup ma maman elle s'inquiète trop pour mon papa, parce que mon papa ben il est du genre à s'énerver facilement. 'fin avec les autres, parce que moi j'le vois pas souvent en colère mon papa - 'fin sauf lorsque Ben s'amuse à explorer la dentition de Noireaude. Et tout ça, ben c'est trop ma faute, parce que si j'étais normale, ben les autres y s'moqueraient pas d'moi, et si j'savais m'défendre comme Benjamin, ça s'rait pas grave, sauf que moi ch'ais juste pleurer comme un bébé, et ça cause plein de souci à tout l'monde. Dites qu'est-ce qui cloche chez moi ? Qu'est-ce qu'ils ont les autres enfants que j'ai pas ? C'est grave de pas vouloir jouer comme eux ? J'suis un genre de monstre ?

    Il m'a juste souri en réponse, mais les sourires c'est l'truc des adultes pour vous faire croire que tout va bien et que vous êtes pas responsables, moi j'étais pas dupe et c'était pas ça qui allait me faire changer d'avis.

    - Dis ma p'tite, je peux te raconter une histoire ?

    ?????

    C'était pas trop l'moment, mais j'ai pas pu résister.

    - Oh oui j'adore les histoires ! Mais pas une que je connais déjà hein ?

    - Non ne t'en fais pas je suis sûre que tu ne la connais pas, bon tu es prête ?

    J'ai hoché énergiquement la tête et il a commencé à me raconter. Ça m'arrive souvent quand je lis les livres de maman, mais j'ai pas toujours tout compris à ce qu'il disait. Enfin ça me dérangeait pas, si j'écoutais bien au bout de quelques phrases j'avais pas trop de mal à retrouver le fil du récit. C'était l'histoire d'un petit canard qu'est tout gentil à l'intérieur, mais que les autres canards veulent pas jouer avec lui parce qu'il est différent des autres, même qu'ils ont été tellement méchants que le p'tit canard ben il est parti de chez lui. Un peu comme moi, sauf que j'adore ma famille ! Bref, un jour le p'tit canard a grandi, et il est devenu aussi beau qu'il était à l'intérieur, et du coup bah les autres canards ben ils avaient plus rien à critiquer et ils ont fermé leur caquet. Et si j'ai bien tout compris, ben en fait c'était pas un canard, c'était un oiseau encore plus beau, un cygne ou quelque chose comme ça. Une fois qu'il a eu fini de raconter, j'avais envie de lui dire à quel point je la trouvais trop belle son histoire, sauf qu'il m'a devancé :

    - Tu sais Mélissa, toi aussi plus tard tu deviendras un cygne, et les autres enfants auront tous eu tort de se moquer de toi, parce qu'ils n'auront pas le petit quelque chose de différent que toi tu as.

    - C'est vrai ?

    ?????

    - J'en suis sûr.

    Ça me faisait trop bizarre de m'imaginer sous cet angle là, mais c'était pas désagréable, en tout cas beaucoup moins que de se dire que c'était parce que j'étais un monstre à l'intérieur.

    Puis là, d'un coup, j'ai eu un gros coup sur le coeur, j'aurais trop voulu raconter cette histoire à Benjamin, et dire à papa que y'avait aussi des gentils monsieurs que je connaissais pas, et aussi serrer très fort maman dans les bras, et sentir le petit bébé dans son ventre, pour lui raconter à lui aussi plus tard. J'avais tellement envie de les revoir, là, maintenant, et en même temps j'avais tellement peur de ce qui se passerait si je revenais.

    - Dites vous croyez que j'ai le droit de revenir chez moi ?

    - Le droit ? Mais bien sûr quelle question !

    - Non mais c'est que je suis parti sans rien dire à personne, j'ai laissé ma maman toute seule alors qu'elle était toute triste, j'ai abandonné mon frère alors qu'il va peut-être allé en prison, et mon papa va encore se faire un sang d'encre à cause de moi.

    - Ne t'inquiète pas pour ça, je pense que ça les rassurera beaucoup de savoir où tu es.

    C'est vrai que j'avais pas pensé à ça, je me doutais qu'ils se demanderaient où j'avais bien pu passer, et qu'ils me chercheraient, mais je me disais que même si je disparaissais et qu'ils étaient tristes, ce serait pas trop grave parce qu'au moins je leur apporterais plus de problèmes. Sauf que là, je repensais à toutes ces histoires qui me faisaient de la peine que j'avais lu où les parents perdaient leurs enfants, et je me souviens que je trouvais ça affreux et trop triste, et même que je pleurais quand ils les retrouvaient enfin.

    - Tu veux leur téléphoner ?

    - Euh... non, je préfère que ce soit vous, j'peux vous donner le numéro de la maison si vous voulez.

    J'avais trop peur d'entendre leurs réactions, je me sentais trop bête d'être partie comme ça, j'aurais pu au moins leur laisser un mot. Je réfléchissais à ce que je pourrais leur dire une fois que je les aurais en face, mais quand j'ai vu papa, maman et même Benjamin qu'aurait dû être à l'école, ben j'ai pas eu ni à m'excuser ni à me faire gronder, ils m'ont juste serré très fort dans leurs bras.

    ?????

    J'avais les yeux qui piquaient, mais pour une fois c'était pas parce que j'étais triste, j'étais trop heureuse d'enfin les retrouver.

    - Ma chérie j'ai eu tellement peur...

    Je lui ai rien répondu, là, serrée contre elle, je sentais juste son cœur cogner très fort dans sa poitrine.

    ?????

    Mon papa lui il a rien dit non plus, mais il est comme ça mon papa, dans ce genre de situations il sait jamais quoi dire. Moi ça me dérange pas, j'avais pas envie de parler non plus.

    ?????

    - Tu refais plus jamais ça, hein soeurette ?

    Là encore j'ai rien répondu, j'étais trop contente de voir qu'il allait bien, qu'il lui était rien arrivé par ma faute, et c'est plutôt moi qui me suis jeté dans ses bras cette fois.

    ?????

    Ensuite, maman c'est tournée vers le vieux monsieur et elle l'a remercié un millier de fois. Elle a parlé un loooong moment pour lui dire à quel point elle était heureuse, qu'elle ne le remercierait jamais assez, ensuite elle s'est arrêtée pour réprimander papa qui tirait la tronche parc'qu'il aurait voulu être prévenu plus tôt d'où j'étais, mais il a quand même fini par le remercier lui aussi, mais sincèrement, pas parce que maman le surveillait du regard, ou alors peut être un peu des deux.

    Finalement, il a bien fallu qu'on parte, mais cette fois ça ne me faisait pas mal au cœur, j'étais contente de revenir.

    ?????

    - Encore merci monsieur... euh...

    - Mercier, mais appelez-moi François.

    - Merci François.

    - Ne vous en faites pas pour ça va, et rentrez donc chez vous vous occuper de vot' petite famille. Qui va bientôt s'agrandir si je n'm'abuse.

    Ça a fait rire maman, mais moi même si j'avais envie de vite rentrer chez moi, je suis restée encore quelques minutes.

    ?????

    - Dites je pourrais revenir vous voir pour écouter d'autres histoires ?

    - Quand tu veux ma petite.

    - Et même si je suis un tout petit peu triste ?

    - Même si tu es très très triste tu es la bienvenue ici.

    - Merci ! Et... et au revoir !

    - Au revoir Mélissa.

    J'étais super contente de retrouver enfin mon chez moi et ma famille, et je me suis promis de ne plus jamais repartir, parce que ça fait trop mal de se retrouver toute seule, et que j'avais pas envie de faire encore plus mal à papa, maman et Ben.

    Une fois à la maison, où maman a filé aux toilettes et papa est parti appeler la police pour dire qu'ils m'avaient retrouvé - oui carrément, la police ! - , Benjamin s'est tourné vers moi et il m'a dit avec le même air que prennent les grands quand ils prennent une décision importante :

    - T'en fais pas p'tite soeur, je laisserais plus jamais les autres te faire pleurer, et si jamais ils essaient, c'est eux qui vont pleurer comme des bébés tu verras !

    J'ai fait un large sourire et il m'a pris dans ses bras.

    - Merci Ben...

    ?????

    Je n'essaierais plus jamais de disparaître, ils me manqueraient tous trop ! Et si les autres enfants ne m'aiment pas tant pis, au moins j'ai avec moi des personne qui m'aiment sincèrement.

    Et voici une grande nouvelle qui est survenue quelques mois plus tard : ça y est je suis grande soeur !

    ?????

    Elle s'appelle Clémentine ! Benji arrête pas de râler parce qu'il voulait un petit frère, mais ça va lui passer. Elle est toute petite et a l'air trop fragile alors j'ose pas trop la prendre dans mes bras, mais qu'est-ce qu'elle est mignonne !

     


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